Dans la loge de Nolwenn Leroy

Interview exclusive pour TEXTO, le magazine de la Ville de Tarare

Vous êtes la première artiste à avoir foulé les planches du nouveau théâtre de Tarare, dont le dernier concert avait été donné par Jacques Higelin il y a 5 ans. L’inauguration d’un équipement culturel est-il un moment spécial pour un artiste ?
Le public tararien était top. C’était très agréable de rouvrir cette salle. J’ai appris a posteriori son histoire et c’est d’autant plus émouvant. Je suis très honorée d’avoir été appelée pour cette inauguration.

La mémoire des murs, les voix qui ont résonné dans les salles sont importantes pour moi. Je suis sensible à cela, dans chaque endroit où je me rends. Dans cette salle, il y a beaucoup de voix qui ont résonné et qui résonneront encore. C’était agréable de terminer ici cette tournée sur laquelle nous étions rodés avec mon équipe (Ndlr : Tarare était l’avant-dernière date de la tournée Gemme). On était très à l’aise et on a eu la chance de recevoir beaucoup de public.

Entre vos albums O filles de l’eau et Gemme, cinq ans se sont écoulés. Que s’est-il passé pendant ce laps de temps ?
J’écris mes chansons, ce qui me prend un certain temps. J’ai été très longtemps en tournée sur Bretonne (Ndlr : 100 dates puis tournée sur l’album O filles de l’eau) et j’ai enchaîné avec une tournée acoustique. Dans le même temps, j’écrivais de nouvelles chansons… Je n’ai pas vu le temps passer. Aujourd’hui, les temps ont changé, il faut sortir les albums plus rapidement… Mais, je ne compte pas le nombre d’années entre chacun.

Depuis, vous avez déjà sorti un nouvel album : Folk. Pourquoi ces deux-là sont si rapprochés ?
C’est agréable aussi d’interpréter les chansons des autres et cela me laisse le temps d’écrire mes prochaines chansons. C’est ce qu’on appelle un projet parenthèse, qui permet de souffler entre les albums de chansons originales. Bretonne était plus qu’une simple parenthèse, il m’a apporté énormément. Ces projets ont une place particulière, il y a une cohérence globale entre mes projets. Je ne laisse rien au hasard, ce n’est pas n’importe quel projet de reprises.

Gemme est une ode à l’amour entre ombre et lumière, pouvez-vous nous expliquer ce que cela signifie ?
Il y a un côté fougueux, pur et brut de la pierre précieuse. Lorsqu’on gratte la croûte extérieure sombre de cette pierre, on la découvre brillante de mille éclats. L’image est intéressante et symbolique par rapport à la grotte où j’ai tourné le clip et ce que je vivais dans ma vie puisque j’attendais mon bébé. Tout avait un sens à ce moment-là. J’ai commencé une sorte d’histoire autour des animaux, l’océan, les minéraux…
Après l’animal, le minéral et maintenant le végétal avec Folk.

La nature reste un sujet très présent pour vous. Est-elle votre source d’inspiration ?
Oui. Aujourd’hui plus que jamais. L’environnement, la nature, c’est une préoccupation que l’on se doit d’avoir tous. Comme on le lit sur les slogans de tee-shirt en ce moment « on n’a qu’une seule planète ».
C’est le moment de s’en préoccuper parce qu’il y a urgence. Lorsque tout le monde va se réveiller, il sera peut-être trop tard. Il n’y a plus de place pour les sceptiques et les non convaincus. C’est un véritable problème aujourd’hui.

Je m’exprime sur ces sujets à travers mes chansons comme avec Sixième continent, ce continent de plastique qui est au milieu de l’océan sur l’album Ô filles de l’eau. Dans chacun de mes albums, j’ai besoin d’écrire sur ce sujet qui me touche et qui même m’angoisse. Il n’y a pas plus anxiogène. L’environnement, le climat, c’est l’engagement par-dessus tous les engagements.

La naissance de votre fils a-t-elle influencé vos chansons ?
D’une certaine manière, oui. Justement par rapport à l’angoisse de l’avenir. Quelle planète allons-nous laisser à nos enfants ? Plus jeune, on est concerné, mais pas de la même manière. Avoir un enfant, c’est se projeter dans l’avenir et dans la vie qu’il mènera. Cela m’a donné l’envie de m’exprimer et d’écrire des chansons là-dessus, oui.

Comment arrivez-vous à concilier votre vie d’artiste et spécifiquement les tournées avec votre métier de maman ?
Comme toutes les femmes qui travaillent quel que soit leur travail !
On jongle, en essayant de faire du mieux qu’on peut. Je crois que c’est la définition aujourd’hui d’être mère et de vouloir s’accomplir en tant que maman et dans sa passion. C’est un sacré job ! Je ne fais pas mieux, pas moins bien, juste de mon mieux, comme toutes les femmes. Tout simplement.

Poursuivez-vous votre engagement auprès des associations ?
Je poursuis mon engagement auprès de la fondation Abbé Pierre dans laquelle je suis marraine depuis des années. J’ai fait une fac de droit et je me destinais à travailler dans l’humanitaire si la musique n’avait pas fonctionné. Aujourd’hui, je continue. J’essaie de me rendre utile de manière différente avec le métier que je fais pour continuer de diffuser des messages, pour être présente et mener certains combats en tant qu’artiste mais avant tout en tant que citoyenne. Le mal logement n’est pas digne de notre pays.

Dans Folk, vous revisitez les musiques françaises folk des années 70. Êtes-vous sensible à cette époque ?
Je suis sensible à cette époque et également aux thèmes abordés. Les chansons sont engagées, sur l’environnement, sur l’amour… C’est une belle époque pour la musique ! La musique folk me rattrape partout. C’est la musique qui me réconforte, qui me fait du bien. Ce n’est pas le type de musique qui marche le plus en France mais dans ces années-là, il y avait une véritable scène folk en France. Je suis ravie d’en faire une relecture, de faire redécouvrir ces morceaux à ceux qui les ont aimés et les faire découvrir à toute une nouvelle génération.

Comment vous réappropriez-vous ces musiques, chantées par de grands artistes ?
J’apporte ma sensibilité aux chansons. Je n’essaie pas de prendre le contrepied systématique en faisant des versions qui n’ont rien à voir avec l’originale. Le plus difficile lorsque l’on reprend un artiste, c’est de servir l’œuvre originale et d’être le plus sincère pour faire ressortir l’essence de la chanson. C’est ce que j’essaie de faire en toute humilité. Rendre hommage à ces artistes, à la douce mélancolie de ces années. C’est quelque chose qui me parle et j’espère que ça parlera bien sûr au public. J’essaie de servir ces chansons, d’être un passeur de musique. On peut être créatif avec ses chansons et aussi un passeur pour que d’autres continuent à vivre. Une chanson qui n’est plus chantée, c’est une chanson morte. Il faut chanter. Il faut continuer.

Vous avez souligné pendant votre prestation la qualité de l’écoute du public tararien, qu’est-ce qui vous a surprise ?
Le public était très à l’écoute, très respectueux. Il a su danser lorsque le rythme s’accélérait. On sent que les gens étaient attentifs à la moindre note, au moindre souffle et j’ai senti que j’étais en phase avec le public ce soir-là.

C’est très agréable et je les remercie de ça. La salle favorisait sans doute cela aussi puisque la qualité du son était vraiment parfaite, je m’entendais très bien. Il y a une très bonne acoustique dans la salle.

Nous serons de retour à Tarare !

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